Auteur et dessinateur de bande dessinée, Thomas Ott décrit un monde sombre, violent et décalé, peuplé de solitaires errant dans un monde de folie. En utilisant une technique particulière (la carte à gratter), il créé un univers graphique construit sur le contraste du noir et du blanc, où La Mort est omniprésente... Partageant sa vie entre la France et la Suisse (son pays d'origine), il participe à diverses expositions, publie ses dessins dans de nombreux magazines, fanzines et quotidiens suisses ou étrangers et a réalisé une dizaine d'albums, qui ont été réedités sous diverses formes (petit format chez l'Association avec la collection Pattes de Mouches pour La Douane et La Bête à Cinq Doigts, compilation chez Delcourt pour Exit).

• UN UNIVERS GRAPHIQUE ET CINÉMATOGRAPHIQUE •

Parmi les nombreux auteurs de bande dessinée, il en existe certains, souvent moins connus du grand public, qui créent au fil de leurs productions graphiques des ambiances particulières qui n'appartiennent qu'à eux. C'est le cas de Thomas Ott auteur suisse-allemand, avec son univers glauque, pessimiste et sombre qui laisse peu de place à l'espoir et où l'on ressent fortement les influences des comics horrifiques des années 60 ainsi que de la série TV
La Quatrième Dimension (Twilight Zone)... Un univers où les choses ne sont jamais ce qu'elles semblent être.

En utilisant la carte à gratter comme matériau de base, Thomas Ott fait naître des images lumineuses fortement contrastées qui appuient encore plus le côté sombre et tragique de chacune des histoires. Cette technique graphique de longue haleine et rigoureuse demande patience et application de la part de l'auteur : sur un grand aplat noir, on travaille en négatif, en grattant délicatement à la plume, afin de faire apparaître progressivement le blanc qui construira l'image définitive (l'image apparait un peu à la manière d'une photo dans son bain de révélateur). Chaque dessin, chaque plan, chaque cadre est mûrement pensé et réfléchi (il faut en moyenne trois heures pour réaliser un dessin) et la mise en forme des cases (pour la plupart muettes), utilisant les bases narratives cinématographiques (zoom, champ contre champ, gros plan...), donnent l'impression du mouvement et fait fortement penser à un storyboard de film.

L'ensemble des histoires imaginées par Thomas Ott, très courtes, sont construites un peu à la manière des courts métrages à chute. Et si la grande majorité ne contiennent pas de texte, prenez le temps de regarder (de lire) chacune des images afin d'en apprécier la grande qualité graphique et artistique de cet auteur hors norme.

• BIBLIOGRAPHIE •
- La Bête à Cinq Doigts. C'est l'un des albums référence pour les histoires sans parole de la collection Pattes de Mouches éditée par L'Association. Voilà une oeuvre particulièrement originale où toute l'histoire est composée uniquement de gros plans de mains, le tout en une vingtaine de planches.

- La Douane : un homme dans un train voit les contrôleurs entrer dans son compartiment pour voir ses papiers et son billet. Par zèle, ils finissent par lui demander d'ouvrir ses bagages et de se déshabiller... Toujours dans la collection Pattes de Mouches, un récit cruel et noir proposant une parabole sur la mort.

- Exit. Édité chez Delcourt, il s'agit d'un recueil qui reprend l'essentiel de ses trois premiers albums (Tales of Error, Greeting from Hellville et Dead End), complété de récits inédits. Individus égarés et courant à leur perte, mécaniques infernales, cauchemar, vengeance et magie noire, ici le monde n'est que ténèbres et toute sortie est définitive ! (cf. la dernière image de l'album qui conclue finalement l'ensemble des histoires).

- Cinéma Panopticum. Dernier album en date de Thomas Ott, ce livre rassemble plusieurs nouveaux récits autour d'un concept, le Cinéma Panopticum, projection d'histoires en relief.
Dans une fête foraine (le lieu même de l'illusion et de l'illusoire), une fillette glisse ses quelques sous dans une boite individuelle qui projette des petits films, chacun de ces films présentant un drame fantastique flirtant avec l'horreur : un clochard recueille les éléments d'un puzzle qui pourrait être l'une des clefs pour sauver le monde, un voyageur découvre un hôtel macabre, un lutteur affronte la mort... Un vrai régal d'humour noir servi par une excellente qualité graphique.

Texte, A. Boriginal
© SaisonsDuCourt (novembre 2005)