| Mangaka connu et reconnu dans le monde entier depuis la sortie de son oeuvre maîtresse Akira, Katsuhiro Otomo appuit sa notoriété lorsqu'il réalise l'adaptation de sa bande dessinée au cinéma. Quelques années plus tard, il imagine et écrit trois histoires originales qu'il souhaite regrouper dans un long métrage. Ce sera Memories. Le film sortira en 1995 mais ne sera distribué en France qu'à partir de 2004 et uniquement en DVD.
UN PROJET DE GRANDE ENVERGURE Au départ, cela ne devait être qu'un ensemble de vidéos basées sur des courts métrages de science-fiction. Mais le projet connait quelques difficultés à être monté, ce qui oblige Katsuhiro Otomo à revoir le concept et ainsi prendre une nouvelle orientation. En retravaillant le contenu, il imagine et écrit trois histoires différentes ayant chacune un univers original propre à captiver le spectateur, avec comme objectif final une sortie en salle. Aux commandes de chaque sujet, trois réalisateurs-animateurs afin de donner une nouvelle approche à l'ensemble du film.
À PROPOS DES FILMS Memories est un film à sketch, composé de trois films dintincts mêlant habilement animation traditionnelle (dessins animés) et 3D (décors et mouvements de caméra).
Épisode 1 : Magnetic Rose. Réalisé par Koji Morimoto, ce premier film de 42 minutes se déroule dans l'espace. Quatre hommes reviennent de mission lorsqu'ils interceptent le message d'un engin spatial en perdition. Deux hommes partent en expédition et ce qu'ils vont découvrir à l'intérieur va changer leur vie à jamais. Des panoramiques circulaires gravitant autour des personnages, appuyant un peu plus leur malaise et leur solitude. Des décors grandioses mais vides et abandonnés de toute vie dans un engin spatial perdu dans l'espace infini. Certaines séquences de Magnetic Rose font perdre la tête, tandis que l'âme perdue d'une ancienne chanteuse d'opéra s'obstine à chercher l'amour éternel. Les personnages répondront à l'appel de cette sirène spatiale et finiront par y perdre l'esprit et la vie.
Épisode 2 : Stink Bomb. Réalisé par Tensai Okamura, le second film de 38 minutes à pour cadre le Japon moderne. Un employé d'un centre de recherche absorbe par accident des pillules concoctées secrêtement par le gouvernement. Le médicament évolue dans son corps le transformant peu à peu en bombe puante : son corps dégage des émanations qui annihilent toute forme de vie sur leur passage, sauf le "héros" qui semble être immunisé. De facture plus classique, le film débute comme une comédie mettant en scène un héros tout à fait banal. Mais très vite cela vire au cauchemar morbide lorsque tout le monde autour de lui meure. Les têtes pensantes du gouvernement nippon charge l'armée d'éliminer l'homme à n'importe quel prix. Cependant, comme aucun moyen n'existe pour ce protéger des vapeurs, ils sont très vite complètement dépassés par les évènements. Ils ne font que subire d'immenses pertes humaines et materiels face au pauvre bougre qui ne s'aperçoit pas de l'effet qu'il produit et qui s'obstine à vouloir rejoindre Tokyo. Dieu punit-il l'humain qui aurait trop manipulé la science ? Ou est-ce le résultat chaotique d'une civilisation moribonde ?
Épisode 3 : Cannon Fodder. Réalisé par Katsuhiro Otomo, le dernier film de 21 minutes se déroule dans un pays fictif vivant sous un régime totalitaire. Il décrit la journée au sein d'une famille de trois personnes, dans une cité sans joie et sans espoir, dont la vie est entièrement dévoué au fonctionnement d'immenses canons. Cannon Fodder a été conçu avec un minimum de plans de manière à donner l'impression d'un plan-séquence illustrant la journée type des habitants de ce monde absurde. Les enfants sont élevés dans le culte du Dieu Canon, les femmes travaillent dans les usines à la fabrication des obus, tandis que les hommes ont le privilège de travailler sur d'immenses canons dont seuls les membres les plus éminents ont le droit d'amorcer le tir. Un tir qui s'effectue vers un ennemi invisible et inexistant. Le dernier plan sur l'enfant se couchant, ferme la boucle sur ce système de vie absurde et sans fondement, qui va malgré tout poursuivre sa course inéxorable et répétitive.
Il est bien dommage que ce film ne soit jamais sorti en salle en France et que l'on ait tant tardé à le distribuer en DVD, malgré la notoriété de Katsuhiro Otomo. Plein de réflexion et d'intelligence, Memories mérite que l'on s'y attarde et qu'on le visionne plusieurs fois, afin d'apprécier à sa juste valeur le travail graphique et scénaristique de chaque histoire.
Texte, A. Boriginal © SaisonsDuCourt (mai 2005) | | |